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Matthieu 1.20-23 ; 28.20b
Introduction
Le monde a bien changé depuis que les fondateurs de lAlliance Evangélique décidèrent de consacrer une semaine de janvier à la prière. La formule a fait recette, le mouvement sest étendu et il a même inspiré dautres initiatives. Pourtant, cette semaine conserve, aujourdhui encore, toute sa raison dêtre et sa spécificité.
Dabord, elle témoigne de limportance de la prière, plus particulièrement comme manifestation visible dune unité spirituelle moins visible. Nous sommes unis parce que Dieu est notre Père et Jésus-Christ notre seul Sauveur, cest un don de sa part, le fruit de sa grâce. Comme tout ce que Dieu nous donne, recevons le avec reconnaissance et vivons le, vivons en ! Cest dailleurs ce que déclarait, lors de la conférence constitutive de lAlliance Evangélique, en 1846, le professeur Tholuck, de Halle en Allemagne : « lunité substantielle de lEglise existe déjà et tout ce que lAlliance Evangélique a à faire, cest de la déclarer, de la manifester devant le monde ».
Ensuite, elle donne à des chrétiens de sensibilité différente la possibilité de se tenir, ensemble, devant Dieu, pour prier. Rassemblés au nom du Seigneur, cest loccasion de vivre la réalité de la communion fraternelle et goûter à sa présence. Que des chrétiens, dune même ville ou dune même région, se retrouvent à genoux devant Dieu est lourd de conséquences et riche de sens !
Enfin, à lheure de la mondialisation, il nest pas inutile de souligner les dimensions de cette semaine qui voit des millions de chrétiens sunir dans la prière un peu partout en France, en Europe et dans le monde. Prendre conscience du Corps de Christ dans sa globalité, nest pas un des moindres bénéfices de cette semaine de prière.
Cette année, nous sommes invités à fixer nos yeux sur Jésus, Emmanuel, Dieu avec nous ! Le monde dans lequel nous vivons na que trop tendance à le reléguer au rayon des mythes et des antiquités. Notre mission nen est que plus importante : manifester, dans tous les domaines de la vie, la réalité de Jésus-Christ, unique moyen de salut pour lhumanité. La tâche peut paraître surhumaine, les vents contraires, mais le Seigneur nous dit « voici je suis avec vous tous les jours jusquà la fin du monde ! ». Cette Parole est vraie, quelle soit notre force !
Ecouter : Matthieu 1.20-23 ; 28.20b ; Jean 14.18-20.
Méditer :
La naissance miraculeuse de Jésus nest pas présentée comme une hypothèse suggérée après coup pour expliquer sa divinité. Le fait est rapporté comme ayant Dieu pour auteur Tout cela est arrivé parce que Dieu lavait davance annoncé. Cet enfant qui naît, cest EMMANUEL, Dieu avec nous. Il est un « signe » donné par le Seigneur lui-même, dans lequel il se cache et se révèle à la fois. Dieu sest fait homme, il sest incarné dans la personne humaine de Jésus sans cesser dêtre Dieu. Ce Jésus nest pas un homme divinisé, ni un dieu qui a pris une apparence humaine sans être vraiment homme ; il est à la fois vrai homme et vrai Dieu. Il passera aux yeux de tous pour « le fils de Joseph », mais, dans son humanité, il est Dieu avec nous. On ne peut séparer les deux noms de Jésus et dEmmanuel : Jésus nest « Sauveur » que parce quil est « Emmanuel ».
Le dernier mot de lEvangile est une promesse. Par là Jésus fixe le terme de lEglise : la « fin du monde » qui est lavènement du Royaume. Tous les ordres donnés par le Seigneur sont en vue de cette fin (24.13-14). Tout est accompli par celui qui est venu pour « accomplir » et a été « fidèle comme Fils ». Il est venu et il viendra Entre sa première et sa seconde venue, Christ ne délaisse pas ses disciples. Celui qui était et qui vient est aussi celui qui est ! « Je suis avec vous ! », est la parole du « Tout-Puissant » (Gn 17. 1 ; Ex 3.14-15). En Jésus, le Christ, cest le Dieu de toute la Bible qui répète pour la dernière fois avant la fin des temps et jusquà ce quil vienne : « JE SUIS AVEC VOUS ». LEvangile sachève par la parole même qui la inauguré : « Dieu avec nous ». Telle est lespérance et la consolation dernière de lEglise qui sait en qui elle croit.
Hébert Roux
LEvangile du Royaume, Labor et Fides, Genève, 1956, p. 27 et 295
Ecouter : Jean 10.11-18 ; Hébreux 1.1-4 ; 1 Jean 3.5,8
Méditer:
« Je suis le bon berger » : il nest certes pas question ici des bergers et de leur métier en général, mais de Jésus-Christ seul Le bon berger, non pas un bon berger, comme si Jésus se comparait à dautres et apprenait deux ce quest un bon berger Le fait quil est le bon berger, et non un berger parmi dautres, apparaît immédiatement si lon considère laction insolite quil se prescrit à lui-même. Il ne sagit pas de donner pâture, breuvage ou secours aux brebis, mais le bon berger donne sa vie pour elles. Cela nest vrai que du bon berger
Quand Jésus parle du don de sa vie comme dun événement actuel, nous pouvons dire : toute cette vie était une marche vers la mort. Quand Jésus affirme quil meurt pour ses brebis, il faut voir dans cette mort la seule action définitive de salut accomplie pour le troupeau, une offrande libre, dépourvue de toute contrainte. Quand il déclare que la mort du berger est au bénéfice des brebis, cela nexclut pas que Jésus soit mort pour tous les hommes. Laccent nest pas mis ici sur le monde, mais seulement sur les bienfaits de la mort de Jésus envers son Eglise. Le bon berger et son Eglise ne font quun.
Il connaît les siens. Cela paraît minime, cest pourtant le plus important. Nous le mesurons quand nous pensons à ce que cela signifierait si Jésus ne nous connaissait pas, sil nous disait : « Je ne vous ai jamais connus » (Mt 7.23).Ce serait notre fin, notre damnation. Nous serions séparés de lui pour léternité. Cest pourquoi être connu de Jésus signifie notre bonheur suprême, notre communion avec lui. Jésus connaît seulement ceux quil aiment, qui lui appartiennent, les siens. Il nous connaît comme des perdus, des pécheurs, qui ont besoin de grâce et la reçoivent Quand nous nous savons connus ainsi par lui et par lui seul, il se donne aussi à connaître, et nous le connaissons comme celui à qui nous appartenons pour léternité Reconnaître Jésus signifie reconnaître ce quil veut être pour nous et avec nous ; cela signifie aimer Dieu et les frères
Ce nest pas seulement pour le peuple élu que lamour et la mort du bon berger ont une valeur Jésus nappartient pas quà nous. Cela est dit pour mettre lEglise en garde contre lorgueil et pour la consoler La communauté de Jésus sera réalisée quand tous entendrons sa voix.
Dietrich Bonhoeffer
Si je nai pas lamour, Labor et Fides, Genève, 1972, p. 96ss
Ecouter : Marc 1.15 ; Luc 4.16-28,42-44.
Méditer :
Chacun à sa manière, les trois Evangiles relèvent que, dès le début de son ministère, Jésus utilisait les mêmes termes que Jean Baptiste, comme le feront également les disciples plus tard (Actes 2.38)
Le royaume ou règne et lEvangile, sont des mots empruntés au langage politique. Si cela est évident pour le premier, nous sommes moins conscients du fait que lEvangile signifie non pas nimporte quelle bonne nouvelle, mais bien une information publique importante proclamée par un messager Si Jésus avait voulu se démarquer de lintérêt pour la chose publique, il se serait gardé dutiliser un tel vocabulaire Sappliquant à lui-même la prophétie dEsaïe, Jésus fait référence non seulement à un des textes les plus clairement messianiques, mais encore à celui qui recourt au langage le plus explicitement socio-politique Par le recours à cette terminologie particulière, Jésus, comme Marie et Jean-Baptiste, annonçait linstauration imminente dun nouvel ordre social dont les signes distinctifs seraient la redistribution des richesses, la libération des opprimés et l'émergence dune mentalité nouvelle (metanoia) chez ceux qui recevraient cette nouvelle
Lannée daccueil par le Seigneur était certainement pour le prophète un événement particulier devant avoir lieu Pour les auditeurs de Jésus, il est fort probable quelle était comprise en référence à lannée du Jubilé (Lévitique 25.8-22), époque à laquelle les inégalités accumulées au cours des années précédentes doivent être effacées.
La nature de lévénement annoncé reste claire : il sagit dune restauration socio-politique et économique des rapports entre les membres du peuple de Dieu, accomplie par lintervention de Dieu lui-même en Jésus-Christ, qui a été oint et revêtu de lEsprit Saint
Il proclame louverture des temps nouveaux aux Gentils (païens). Les captifs et les opprimés mentionnés ne peuvent être réduits à Israël La libération concerne tous les humains, et la réticence des habitants de Nazareth ne fera que hâter la proclamation de ce message à tous.
Jésus nétait pas seulement un moraliste , pas dabord un maître spirituel , pas uniquement un agneau sacrificiel , ni un Dieu-homme dont lessence divine nous pousse à négliger son humanité. De par sa vocation divine (de par la promesse, lonction et la messianité), Jésus prophète, prêtre et roi était porteur dune nouveauté possible dans les rapports humains, sociaux et par conséquent politiques. Son baptême inaugure cet ordre nouveau que les disciples sont appelés à partager et dont la croix représente le point culminant.
John Yoder
Jésus et le politique, Presses Bibliques Universitaires, Lausanne, 1984, p. 31ss
Ecouter : Jean 15.1- 17 ; Galates 2.20
Méditer:
Au moment dappeler ses disciples, Jésus les a invités à marcher à sa suite, « derrière » lui (Mt 4.19), puis à sapprocher, à se mettre « à côté » de lui (Mt 11.28). A la veille de sa passion, estimant ses disciples aptes à entendre autre chose de plus grand, Jésus se met à leur parler dun lien dune profondeur indépassable, à demeurer « en » lui et lui en eux Le lien qui apparaît ici avec Jésus est celui dune inhabitation mutuelle, dune communion tout à fait exceptionnelle, absolument unique que Jésus éclaire en développant limage du cep et des sarments
Le lien profond qui unit le cep à ses sarments tient à la sève qui circule en eux. Jésus nemploie pas le mot de sève, cependant, il fait un long développement sur lamour, dune manière qui évoque la sève, dans la mesure où il en parle comme circulant dans un seul sens : du Christ vers les disciples, et non en sens inverse « Je vous ai aimés » dit à deux reprises Jésus (9,12), en utilisant le temps du passé qui exprime , non pas une réalité qui a pris fin, mais de durée indéterminée Jésus ne demande rien pour lui en retour, soulignant la gratuité de son amour, comme la sève qui donne tout aux sarments sans retour. Ce que demande Jésus à ses disciples, ce nest pas de laimer en retour, mais de diffuser lamour vers les autres, de partager ce qui a été reçu de lui : « aimez-vous les uns les autres » (12,17)
Heureux celui qui a soif de lamour du Christ, comme le sarment a soif de sève !
Heureux le disciple assez humble pour se souvenir quil ne produit rien, en réalité, et quil ne fait que porter ce que le Christ réalise en lui !
Heureux celui qui se laisse émonder, purifier, pour que grandisse en lui luvre du Christ !
Il appartient au Père que les disciples soient en Christ. Il revient aux disciples de demeurer en lui, de durer dans ce quils sont déjà par la grâce de Dieu Demeurer, cest persévérer dans lamour, mais pas nimporte quel amour , celui qui sorigine et sachève dans le Père, qui se vit dans le Fils, qui est vivifié par lEsprit et qui souvre aux autres Cela nest pas de toute éternité, mais seulement depuis la croix, préparé depuis toute éternité et pour léternité.
Daniel Bourguet
Devenir disciple, Editions Olivétan, Lyon, 2006, p.81ss
Ecouter : Marc 4.35-41 ; Rm 8.31-39 ; Hé 2.18 ;
Méditer :
Le centre de la foi chrétienne est la certitude que dans lunivers il existe un Dieu capable dagir avec une puissance surabondante dans la nature et dans lhistoire Le Dieu que nous adorons nest ni un Dieu faible ni un Dieu incomplet. Il est capable de refouler de gigantesques vagues dopposition, de niveler de prodigieuses montagnes de malice
Plusieurs cherchent à nous convaincre que lhomme seul est puissant Dautres forces nous font mettre en question la puissance de Dieu Pourquoi, demandons-nous, ces choses arrivent-elles si Dieu est en mesure de les empêcher ? Malgré la présence du mal et le doute qui se cache dans nos esprits, nous refusons dabandonner la conviction que notre Dieu est puissant :
Il a le pouvoir de soutenir lespace immense de lunivers physique
Il a le pouvoir de maîtriser toutes les forces du mal. Disant cela, nous admettons la réalité du mal, mais en même temps affirmons quil porte en soi le germe de sa propre destruction. Lhistoire est la description des forces progressant avec une puissance apparemment irrésistible Dieu peut vaincre les maux de lhistoire. Le contrôle ne lui est jamais ravi
Il a le pouvoir de nous donner les ressources intérieures qui nous permettront daffronter les épreuves et les fardeaux de la vie Ladversité nous assaille avec la force dun ouragan. Les aurores radieuses deviennent des nuits sombres ; nos plus beaux espoirs senvolent et nos plus nobles rêves sécroulent. Le christianisme na jamais négligé ces expériences inévitables Mais il affirme que Dieu peut nous donner léquilibre intérieur qui nous permet de rester debout au milieu des difficultés et des détresses de la vie. Il peut nous donner la paix intérieure dans les tempêtes extérieures Il noffre ni ressources matérielles ni formule magique qui nous exempterait de la souffrance et de la persécution, mais il nous fait un don impérissable : « je vous laisse la paix » qui surpasse toute intelligence.
Nous croyons navoir pas besoin de Dieu, mais quand la tempête du désappointement fait rage, que les vagues de la tristesse viennent battre contre nos vies, si nous navons pas la foi profonde et patiente nos vies impressionnables sen iront en lambeaux.. Sil y a tant de déceptions dans le monde, cest parce que nous nous sommes appuyés sur les dieux plutôt que sur Dieu dieu de la science, du plaisir, de largent,
Dieu seul est puissant. Cest la foi en lui que nous devons redécouvrir !
Martin Luther King
La force daimer, Casterman, Paris, 1964, p.167ss
Ecouter : Luc 10.1-12 ,17-20 ; Jean 17.18.
Méditer :
Labaissement de Jésus exige quil soit soumis, comme tout homme, à lespace et au temps et que sa puissance soit donc restreinte. Pourtant il reste souverainement libre de communiquer cette puissance à dautres. Il ne sen démunit pas, car il reste présent en eux avec sa force, même sils séloignent De même quil appelle les hommes sous la domination de Dieu, en gardant lui-même un visage humain et des paroles humaines, de même il institue pour lexpansion de lEglise lordre selon lequel des hommes seront gagnés à lEvangile, non par une force anonyme, impersonnelle ou mystique, mais par lintermédiaire de simples messagers humains
La défaite des puissances démoniaques et la force divine guérissante demeurent liées à la parole prêchée par de pauvres hommes, nayant rien à faire valoir que leur mission. Ils sont donc persuadés que la puissance par laquelle ils agissent, nest jamais la leur La présence de Dieu est la seule condition et la seule possibilité de leur action. Faute de mettre en elle leur entière confiance ils ne sauraient être apôtres. Mais dans cette confiance, ils deviennent les porteurs de la Bonne Nouvelle et, par eux, le Royaume sétend au loin sur toutes les transactions humaines. Telle est loffensive de ce nouveau roi : il fait valoir sa puissance par ses apôtres « jusquaux extrémités de la terre », comme lont annoncé les prophètes
La fonction du disciple est un ministère de héraut Il ne demande pas à ses auditeurs si cela leur convient. Il se contente de déclarer : « Le Royaume de Dieu est proche de vous » Lenvoi des disciples dépend du Seigneur seul. Leur départ nest pas lié à une option personnelle Il nest pas une pieuse entreprise humaine pour le Royaume de Dieu Une prédication puissante présuppose un ordre du Christ comme fondement de son assurance La parole des envoyés est un message de paix Laction du messager se confond avec luvre du Christ présent. Son accueil met tout en jeu.
Devant eux sest ouvert un chemin de victoires où se révèlent autant la faiblesse de lennemi que la puissance de Dieu Leur réussite dépend dune victoire déjà remportée sur un autre plan La situation céleste de Satan était celle de l« Accusateur » ... La vie entière des disciples est une expression de la suprématie de la grâce.
Helmut Gollwitzer
La joie de Dieu, Presses Bibliques Universitaires et coll., 1983, (Delachaux et Niestlé, 1958), p. 93ss
Ecouter : Matthieu 25.31-46
Méditer :
Pour beaucoup, le réveil est quelque chose dassez spectaculaire quon attend pour aujourdhui ou demain, oubliant que le réveil nest pas une chose la sanctification, la conversion des pécheurs, lunité des croyants - mais quelquun : le Christ qui est venu, qui est en nous, qui est là tout près, mais que nous ne saisissons pas, ou que nous ne voulons pas connaître comme il est
Par les Ecritures, certes, nous entendons ses paroles, nous conservons sa doctrine. Mais sa personne, nous avons appris davantage à la contempler dans la gloire par la foi, quà la voir vivre au milieu des hommes de notre siècle. Nous employons la foi pour nous ouvrir une fenêtre au ciel, pour nous créer une vision imaginative de notre Dieu, pour nous évader à certaines heures de la terre, et nous croire déjà dans la gloire. Mais toute contemplation, toute extase qui nest pas suivie dune action parmi les hommes, est une séduction
La foi qui nous a sauvés, en nous amenant à accepter la grâce de Dieu, devrait aujourdhui nous servir davantage à découvrir le vrai visage du Christ, - ce Christ inconnu de la majorité des hommes qui se réclament de son Nom La misère du témoignage chrétien réside essentiellement dans le fait que beaucoup de croyants, tout en conservant la connaissance des vérités chrétiennes, ont perdu de vue le pur exemple du Christ en qui la vérité ne fut jamais une théorie, mais trouva toujours son expression dans des actes envers les hommes Sa doctrine, cétait sa vie, et sa vie, cétait sa doctrine
La foi vivante en la personne et luvre de Jésus-Christ ne peut pas ne pas produire des uvres se manifestant avant tout par une soumission entière à sa volonté, par le fruit de lEsprit dans le caractère, et par une obéissance à la Parole de Dieu dans les actes de la vie
Le passage de Matthieu nous fait entrevoir un Christ inconnu, que les élus, même, nont pas conscience davoir vu ici-bas
Chrétien rassasié depuis si longtemps, désaltéré au fleuve des eaux vives, confortablement installé dans le luxe de ta demeure, ou dune connaissance qui enfle, richement vêtu, heureux et admiré, libre et entouré, sais-tu quen ton pays, dans ta ville, dans ta famille, le Christ, ton Maître, a faim, a soif, vit en étranger à ta porte, est nu, est seul, malade et délaissé, est prisonnier et sans secours ?
Gaston Racine
Le Christ inconnu, Edition dauteur, Nice, 1958, p. 13ss
Ecouter : Apocalypse 1.1-20 ; 2.7 ; 4.2 ; 5.13b ; Matthieu 18.20.
Méditer :
Ce que le Christ pense de lEglise est une question de grand intérêt pour tout chrétien. Ce que nous en pensons nous-mêmes en la voyant de lintérieur, et ce quen pensent les autres avec un regard extérieur est aussi significatif. Mais le regard de Jésus-Christ lui-même est bien plus important puisquil est le fondateur, la tête et le juge de lEglise .
Par léloge et par la réprimande, par lavertissement et par lexhortation le Christ révèle ce quil voudrait que soit son Eglise en tous lieux et en tout temps (représentée ici par ces sept Eglises locales situées dans la partie la plus peuplée, la plus opulente et la plus influente de la province romaine de lAsie) LEglise pouvait-elle survivre à la tempête qui était sur le point déclater ? La persécution nétait pas le seul péril auquel étaient exposées ces communautés. Il y avait aussi lerreur : les faux prophètes et leurs philosophies hérétiques, et le péché : conduites immorales de plusieurs Ces phénomènes nétaient pas inexplicables : Jean reconnut leur source avec une perspicacité que nous avons un besoin urgent de retrouver aujourdhui Derrière lapparence extérieure des Eglises dAsie un conflit invisible faisait rage entre le Christ et lAntichrist, entre lAgneau et le Dragon Le diable menait sa bataille contre lEglise du Christ sur plusieurs front Il en a été de même à chaque époque
Une Eglise qui est dos au mur et qui se bat pour survivre a besoin de plus que de lexhortation morale et de pieuses supplications ; elle a besoin de voir le Christ. Un livre de lhistoire du monde en chiffres (ainsi que certains considèrent le livre de lApocalypse) est dun piètre réconfort en comparaison avec une vision du Christ exalté. Le livre entier le concerne et personne ne peut le lire sans en tirer une vision plus claire du Christ. Dans ce premier chapitre Jésus-Christ est présenté avec trois titres majestueux, auxquels sajoute lexposé de ses exploits passés et de ses victoires à venir
Le but de cette vision nétait toutefois pas lédification personnelle de Jean Elle était pour lEglise entière Cest lEglise de Jésus-Christ (Mt 16.18), il la connaît intimement, il marche au milieu delle Il lui dit ce quil en pense Et il lui annonce : « Oui, je viens bientôt ! » Ap 22.20).
John Stott
Le regard du Christ sur lEglise,
Editions Excelsis, Cléon dAndran, 1999, p. 4ss