
Communiquez, communiquez, il en restera toujours quelque chose
A ce pastiche dune phrase de Francis Bacon, on a envie dajouter :
oui, mais quoi ? . Tant il est vrai que le résultat de la communication est parfois surprenant.
De laccident de Tchernobyl, on a retenu le nuage radioactif sarrêtant au-dessus de nos frontières, caricature indigne de lengagement des responsables de lépoque. Plus près de nous, lorsque le pape a voyagé en Afrique, ses propos,tels que rapportés par les media sur le préservatif et le sida, ont provoqué un tollé que peu de gens ont cherché à dépasser en sintéressant à la globalité de la pensée,
sans vouloir éliminer les problèmes soulevés.
Enfin, tout récemment, un article, au demeurant bien fait, dun hebdomadaire connu, relatait la concertation initiée entre le Conseil National des Evangéliques
de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF). Les
contacts étaient présentés comme prometteurs. Lauteur terminait en parlant dune première victoire que le CNEF aurait remporté en ayant eu une reconnaissance de fait par ce dialogue, mais avec, en suspens, un atout présumé de la FPF dû à son antériorité de plus dun siècle ! Comme si cétait cela le problème ! Mais cest la liberté du journaliste de conclure ainsi !
La communication concerne toujours un émetteur sadressant à un récepteur, pour lui transmettre un message dans un but précis. Et il peut y avoir trois sortes de distorsions:
une émission peu claire,
une transmission perturbée, surtout sil y a un intermédiaire,
une réception déformée (avec compréhension décalée).
Cest à lémetteur de penser à tout cela. Pour revenir au CNEF, il y a besoin du message fort quon peut voir dans son émergence non pas un risque de concurrence avec la FPF mais un processus identitaire très important donnant naissance à un interlocuteur évangélique bien identifié. Du coup, un autre processus est rendu possible : une concertation sérieuse. Le problème de la concurrence apparaît alors bien pauvre par rapport à lenjeu dune synergie qui sera, à terme, un plus pour le monde protestant dans son ensemble.
Cette situation est exemplaire dun défi stimulant : dire la réalité en évitant tout dualisme simpliste, en prenant en compte la complexité des situations. Il sagit non pas de gommer les aspérités mais de les dépasser en recherchant les débouchés positifs quelles peuvent avoir. Si, en tant quEvangéliques, nous
apprécions la possibilité de nous exprimer sur la place publique, il nous faut travailler notre communication, dabord en choisissant les sujets qui en valent la
peine, ensuite en réfléchissant bien à notre message, et en pensant à son cheminement et à sa recevabilité par le destinataire final.
Autre manière de dire : ayons en vue lautre avant tout, en essayant en quelque sorte de nous mettre à sa place. On nest pas très loin, après tout, de lexhortation de lapôtre Paul : Considérez les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes.
MICHEL CHARLES
L'article de Claude Martinaud sur "Protestants ? Evangéliques ?" paru en février 2009 sur IDEA, n'a pas réactualisé les liens électroniques des différentes instances citées. Nous réparons cet oubli en vous priant de nous excuser.