
Je dis souvent que je serais ravi, un jour, dentendre une prédication sur Pâques à Noël, à moins que ce ne soit l'inverse, tant il est vrai que ma spontanéité se trouve à grande distance des catégories, fêtes, et cycles que l'on introduit pour rythmer la vie tout au long d'une année. En même temps, il est fort probable que, si nous n'avions pas ce genre de repères, notre spontanéité, précisément, nous ferait passer à côté de nombreux aspects importants de la vie avec Dieu, en nous cantonnant dans nos "dadas", ou en occultant ce à quoi nous sommes moins sensibles.
Nous sommes donc dans un double mouvement. D'abord, on peut relativiser la fête de Noël, et aussi le Nouvel An, au motif que le fondement de ces dates est sujet à discussion. La date du 25 décembre est loin de faire l'unanimité comme anniversaire de la naissance du Christ. Certains (peu nombreux semble-t-il) la défendent avec des arguments précis, avec de savantes considérations sur la vie de Jésus et sur l'âge qu'on peut lui attribuer, à partir de certains recoupements, à divers épisodes de sa vie terrestre. D'autres contestent cette date, en remarquant d'abord que son choix n'a eu lieu qu'au début du IVème siècle de notre ère, et aussi en expliquant comment les autorités religieuses de l'époque ont voulu en quelque sorte superposer Noël à une fête païenne existante. Concernant la notion de début d'année, il faut remarquer qu'elle est variable dans l'espace et dans le temps. C'est le 1er janvier dans notre calendrier. Mais il y a aussi un calendrier hébraïque, un calendrier musulman, un calendrier chinois, un calendrier indien, un calendrier copte. Et puis, en France même, l'année commençait le 1er mars dans nombre de provinces aux VIème et VIIème siècles, à Noël au temps de Charlemagne, le jour de Pâques sous les Capétiens (ce qui donnait des années de longueur très variable). C'est en 1564 que Charles IX a fixé le début de l'année le 1er janvier. Et il y a eu l'interruption du calendrier révolutionnaire, où l'année commençait en septembre Alors il faut se garder, certes, d'accorder au 25 décembre et au 1er janvier une valeur absolue.
Mais il serait dommage d'adopter un scepticisme distant qui nous ferait passer à côté de la joie de l'événement de l'Incarnation, et aussi de la conscience que Dieu nous rappelle, au travers du temps qui passe et du cycle des années : sa capacité à renouveler toutes choses, mais aussi sa persévérance dans l'accomplissement de son plan d'amour pour nous, et peut-être également la sagesse qu'il veut partager ("Ce qui a été, c'est ce qui sera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil").
Alors, lucidement, mais du fond du coeur, je souhaite à chacune et à chacun un joyeux Noël 2005, et une excellente année 2006, dans la reconnaissance à notre Dieu pour sa présence de chaque instant, pour sa fidélité, et pour les perspectives qu'il met devant nous, dans "un avenir fait d'espérance". Qu'il en soit ainsi dans nos vies personnelles, familiales, professionnelles, ecclésiales, associatives, sociales, etc , et qu'ensemble nous puissions avancer dans la joie du service.
Michel CHARLES
Président de l'AEF