Un seul Seigneur, un seul corps, une seule voix !

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Plus de 500 délégués en provenance d’une centaine de pays du monde entier se sont réunis du 25 au 30 octobre dernier, à Pattaya, en Thaïlande, pour l’Assemblée Générale de l’Alliance évangélique mondiale. Frédéric Baudin, vice-président de l’Alliance Evangélique Française, Stéphane Lauzet, son Secrétaire Général, Gérard Lanniée, directeur d’Agapé-Campus, étaient présents : retour sur cette rencontre importante.

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A quoi sert une telle rencontre ?

Cet évènement a lieu tous les 6 ans : il donne l’occasion au mouvement évangélique mondial de faire le point sur son évolution et aussi sur les défis auxquels il est confronté. Pour mémoire, l'Alliance Evangélique Mondiale est composée de 127 alliances évangéliques nationales regroupées en 7 régions. Elle est le porte-parole d’à peu près 420 millions de chrétiens dans plus de 3 millions d’églises locales. On estime donc que 6,5% de la population mondiale est, d’une façon ou d’une autre, représenté par l’ AEM.
Dès la séance d’ouverture, le Sud-Africain Ndaba Mazabane, président du Conseil International de l’AEM, a précisé toute l’importance d’une telle rencontre. « Le thème retenu, a-t-il indiqué, « Un seul Seigneur, un seul corps, une seule voix » résume parfaitement l’objectif de l’AEM et exprime l’état d’esprit dans lequel nous sommes invités à vivre ces journées : nous voulons nous mettre à l’écoute de Dieu et aussi à l’écoute les uns des autres pour discerner ce que nous devons faire pour cette génération ». Signe fort de cette volonté, la première journée complète de cette rencontre a été consacrée au jeûne et à la prière : la persécution religieuse, la pauvreté globale, la recherche de la paix, l’évangélisation du monde ont été au centre des prières des participants, ensemble, seul ou par petits groupes.

Pourquoi la Thaïlande ?

A cette question, le directeur de l’AEM, Geoff Tunnicliffe a donné une explication très simple : la Thaïlande est un des pays qui pose le moins de problème pour l’obtention des visas et il est donc facile de faire venir, pour une telle conférence, des ressortissants de la planète entière. Par ailleurs, les infrastructures hôtelières sont tout à fait adaptées à ce genre de rencontre et relativement bon marché. On peut aussi remarquer que la tenue de l’Assemblée Générale de l’Alliance Evangélique Mondiale donne un « coup de pouce » aux chrétiens de ce pays. Ainsi l’ouverture de la conférence s’est faite en présence d’une représentante du gouvernement qui a souligné les nombreux points de convergences entre les chrétiens et son gouvernement en matière de lutte contre la pauvreté, de prévention et de lutte contre le Sida, de protection des droits de la personne et des enfants en particulier.« Pour nous, l’Alliance Evangélique est un réseau important pour la mise en œuvre de programme visant à assister et protéger les groupes vulnérables et améliorer les conditions de vie dans ce pays » a-t-elle affirmé en soulignant combien cela était en conformité avec la foi chrétienne. Elle a rappelé aussi ce que son pays devait aux missionnaires qui « ont apporté l’éducation, la technologie, la médecine mais qui ont aussi établi des infrastructures comme les écoles, les universités et les hôpitaux». Quel bel hommage à l’œuvre de Dieu, quel encouragement à persévérer pour les chrétiens de ce pays (mais pas seulement). Pour information, l’Alliance Evangélique Thaïlandaise rassemble 122 organisations missionnaires, 55 dénominations et 1370 églises locales. La population est bouddhiste à 95% et il y a 4% de musulmans. Il y a 30000 temples et l’Evangile a pénétré dans ce pays il y a moins de 200 ans.

Qu’est ce qui vous a le plus frappé ?

Dans ce genre de rencontre, on prend physiquement la mesure de la diversité du corps de Christ. La variété des langues, des races, l’ambiance, tout cela donne un sentiment très fort d’appartenance. On peut aussi mesurer l’évolution du christianisme dont le centre de gravité s’est manifestement déplacé vers le sud. L’Europe ne représente en effet plus que 4% du total, avec ses 17 millions de chrétiens de conviction évangélique mais des pays comme le Guatemala, pour ne citer que cet exemple en Amérique latine, annonce plus de 30% d’évangéliques. Cette rencontre fut aussi l’occasion d’entendre des témoignages de première main sur ce qui se passe pour les chrétiens en Chine ou bien en Inde ou au Sri Lanka. Nous avons été fortement impressionnés par les propos du président de l’Alliance Evangélique Indienne, Richard Howell, rapportant comment les chrétiens sont persécutés, battus, violentés, tués par les Indous fanatiques, particulièrement dans l’état d’Orissa, au nord-est. Dans un tel contexte, on perçoit mieux toute la force de son affirmation : « Nous avons un programme immuable : l’obéissance au Dieu trinitaire révélé en Jésus Christ. ». Et puis comment oublier ce pasteur Sri Lankais, qui est resté muet devant nous pendant toute la séance consacrée à la question de la liberté religieuse dans le monde, en signe de cette église qui souffre, qui paye le prix fort mais reste fidèle jusqu’au bout.

Quelques mots sur le programme.

Le programme a alterné entre les ateliers, les conférences et les tables rondes. Différents sujets ont été abordés comme celui de la croissance de l’Eglise, de la pauvreté, avec le Défi Michée, de la liberté religieuse et de l’engagement des évangéliques dans la vie publique. Il y avait aussi la possibilité de se joindre à des sessions de formations plus pratiques proposées par l’Institut du Leadership de l’AEM : Comment développer une Alliance dynamique ? Trouver son soutien, comment ? Créer de solides partenariats ! S’engager en politique ? et de rencontrer les responsables des différentes commissions de l’AEM. Il faut aussi évoquer les contacts plus personnels avec tel représentant d’une Alliance étrangère et la présence de quelques œuvres associées. L’ensemble des rencontres étaient traduites en différentes langues et il faut rendre un hommage particulier à nos interprètes, Dorothée White, présidente du SEL et membre du Conseil de l’Alliance et Andrew Willes.

Quel message l’AEM voulait-elle communiquer ?

Sans doute la meilleure façon de le résumer, c’est de laisser la parole au Directeur de l’AEM, Geoff Tunnicliffe : « Il faut renouveler notre vision du corps du Christ, construire des relations encore plus fortes au sein du mouvement évangélique et renouveler aussi notre compréhension de notre implication dans le monde. Nous sommes engagés dans une mission intégrale, holistique, qui concerne tous les aspects de la vie. L’AEM ne ralentit pas le rythme en matière d’évangélisation car c’est seulement Jésus Christ qui change les vies… La proclamation de l’Evangile a des conséquences sociales…et ce qui nous motive et nous soutient, c'est notre attachement à l’ Ecriture. Ma prière, c’est que nous soyons des hommes et des femmes qui vivent le dessein de Dieu dans leur vie, pour faire une différence dans ce monde. La chose la plus importante que vous puissiez faire, c’est d’intégrer votre vie dans l’histoire du Royaume de Dieu ; Dieu agit et nous devons juste nous aligner sur ce qu’Il fait »

Les décisions.

On retiendra de cette assemblée la nomination du Sri-Lankais Godfrey Yogarajah à la présidence de la Commission de l’AEM pour la liberté religieuse, succédant au Finlandais Johan Candelin, celle de Joël Edwards, précédemment directeur de l'Alliance évangélique britannique, comme nouveau directeur du « Défi Michée » et celle de Harry Tees en tant que représentant de l’Alliance Evangélique Mondiale en Terre Sainte.

Le Rév Yogarajah a fixé 3 objectifs à la commission : Eduquer et former les Eglises pour supporter la persécution et la souffrance ; Exposer et dénoncer les cas de persécution en faisant un travail de défense et de lobbying ; Encourager les chrétiens et les Eglises dans les pays persécutés à tenir ferme pour le Christ, en offrant une assistance pratique. « Je viens d'un pays où il y a tellement de persécutions que mon cœur va vers tous ces autres pays où il y a aussi de la persécution » a-t-il dit. « C'est un grand défi mais c'est aussi un appel qui nous est adressé pour préparer l'Eglise à la souffrance et à la persécution. Si l'Eglise est préparée, elle peut généralement résister à la persécution et faire l'expérience d'une croissance formidable. »

Joël Edwards a déclaré pour sa part que « les OMD sont quelque chose de prophétique sur lequel les gouvernements se sont mis d'accord. Comme chrétiens nous avons la responsabilité de manifester de plus en plus notre solidarité avec les pauvres, de marcher avec les pauvres, de servir les pauvres. Mais nous avons aussi la responsabilité de demander des comptes à nos gouvernements sur la base des promesses qu'ils ont faites. » Parlant de l’ampleur du défi pour libérer le monde de la pauvreté, il a affirmé : « ce n'est pas une raison pour se laisser aller au cynisme ; Jésus a dit: « les pauvres seront toujours avec vous ». Nous serons toujours confrontés à cette question mais comme chrétiens nous avons la responsabilité étonnante d’apporter non seulement de l'optimisme, mais aussi de l'espoir dans des situations très difficiles.»

Harry Tees, quant-à lui réside à Jérusalem depuis plus de 20 ans. Il y est connu et en lien avec l’ensemble des communautés de ce pays. Son rôle s’averre extrêmement important dans un contexte complexe, passionnel et instable. A la suite de sa visite en Israël, en février 2008, le Directeur de l’AEM, Geoff Tunnicliffe s’exprimait en ces termes : «Comment prenons nous soin de nos frères et sœurs dans le pays ? Nous avons besoin d’encourager les 13 dénominations chrétiennes, qui ont été établies officiellement avant 1948 par les britanniques, à inclure les chrétiens évangéliques plus ouvertement et les accepter comme égaux…Nous voyons des merveilleux ministères de réconciliation entre les chrétiens arabes et les juifs messianiques mais nous ne connaissons pas leurs vécus… Comment leur donner la possibilité de se faire entendre ? » Voilà la tâche qui attend Harry Tees, notre ambassadeur en Terre Sainte, représentant les évangéliques, tant auprès du gouvernement que des autres confessions chrétiennes et des autres religions.

Enfin, le président du Comité de Lausanne pour l’Evangélisation du Monde, Douglas Birdsall a présenté le prochain Congrès qui se déroulera en octobre 2010, en Afrique du Sud et rassemblera 4000 participants du monde entier. « Un tel congrès est nécessaire » a-t-il déclaré, « parce que le futur de l’Eglise est menacé ; il s’agira donc, en lien étroit avec l’AEM, de voir comment, dans le contexte actuel, travailler à la réalisation de la vision de Lausanne, L’Eglise tout entière, annonçant tout l’évangile, au monde entier »

Les résolutions prises.

Pas moins de six résolutions ont été émises par l’Assemblée Générale de l’Alliance Evangélique Mondiale. Elles traitent de la Liberté religieuse, du Sida, de la pauvreté, de la Paix dans le monde, du respect de la création et de la crise financière. Elles seront bientôt disponibles en français. La déclaration sur la liberté religieuse a été publiée dans le précédent IDEA et vous trouverez dans ce numéro, la déclaration sur la nécessité de prendre soin de la création, de notre environnement.
Elles témoignent toutes du sérieux avec lequel l’Alliance se sent concernée par ces différentes questions. Leur ton est à la fois humble et réaliste mais aussi chargé d’amour pour ceux qui souffrent. D’une certaine façon, ces textes illustrent bien la prise de conscience qu’opèrent les évangéliques. Ils doivent être le peuple de la Bonne Nouvelle et il est grand temps qu’ils retroussent les manches pour présenter le Christ de manière crédible. Il ne s’agit pas de se rendre acceptable ou d’enrober un message exigeant - la croix reste une folie- mais d’incarner la vérité de l’amour de Dieu, manifesté en Jésus Christ, de vivre en cohérence avec cet amour et ce désir de le partager, de travailler pour le bien de tous, afin que « là même où ils vous calomnient, les hommes voient vos bonnes oeuvres et glorifient Dieu au temps où il les visitera ».

Stéphane Lauzet

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